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Une réception d’anniversaire

dimanche 1er février 2015, par Michel Rouvère, Webmaster

« Caelia se regarda dans la psyché d’un air boudeur et tira la langue à son reflet avant de se détourner brutalement, faisant voler autour d’elle le tissu léger de sa robe neuve.

— Comme tu es belle, maîtresse ! s’exclama Oliona avec admiration.
— Tu sais très bien que je n’aime pas les robes ! la rabroua la jeune fille d’un ton sec. Je préférerais de beaucoup enfiler une vieille tunique de mon frère !
— Mais, cette robe est magnifique ! Tu seras la plus belle de la fête, insista la jeune esclave.
— Ah, oui ! C’est certain ! grogna Caelia. Ma mère et ma grand-mère veulent que je brille afin d’attirer tous les hommes des environs ! Cette réception, donnée soi-disant en l’honneur de mes dix-sept ans, est organisée en vérité pour me trouver un mari !
— Se marier est le lot de toutes les femmes, affirma sentencieusement la femme de chambre.
— Le voudrais-tu, toi ? demanda perfidement sa maîtresse.
— Oh, moi ! Je ne suis qu’une esclave, répondit la servante en rougissant.

La jeune fille se planta devant elle, mains sur les hanches, et la scruta avec une attention si soutenue qu’elle lui en fit perdre contenance.

— Dis-moi, Oliona, serais-tu amoureuse, par hasard ?
— Non, pas du tout ! Il faut te coiffer, maîtresse, sinon tu vas être en retard, s’exclama la chambrière en se détournant d’un air affairé.
— Pas avant que tu ne m’aies répondu ! Qui est l’heureux élu ?
— Il s’appelle Danusos, capitula Oliona.
— Qui est-ce ? Ce nom ne me dit rien ! s’étonna Caelia.
— C’est l’un des gardes du domaine.
— Un homme libre ! Il ne t’épousera jamais !
— Il prétend qu’il m’aime et veut de moi pour femme, si le maître donne son accord.

À ce moment, Claudia pénétra dans la chambre, coupant court aux confidences des deux jeunes filles, mais fronça les sourcils en découvrant que Caelia était loin d’être prête.

— Mais que fais-tu donc ? gronda-t-elle. Les premiers invités sont arrivés et tu n’es même pas coiffée ! Dépêche-toi un peu, ton père commence à s’impatienter !
— Je ne suis pas pressée d’aller parader devant tous ces hommes qui vont me regarder comme une marchandise à vendre ! protesta la jeune fille avec humeur.
— Si tes parents avaient été moins indulgents avec toi, tu serais déjà mariée depuis longtemps, affirma sa grand-mère d’un ton sec. Estime-toi heureuse que ces hommes s’intéressent encore à toi !
— Je ne veux pas obéir à un homme, quel qu’il soit !
— Qui te parle d’obéir ? Une femme a mille manières d’arriver à ses fins en fonction du caractère de son époux, mais le mariage est la seule façon d’acquérir une certaine liberté, donc tu dois en passer par là, comme nous toutes !
— Oh, bon ! D’accord, j’y vais ! maugréa Caelia en constatant que l’esclave avait terminé de la coiffer.

Elle acheva de se parer en enfilant les bijoux que lui tendait Oliona, puis suivit Claudia vers la grande salle de réception dont les portes et fenêtres, grand ouvertes en cette douce soirée de printemps, diffusaient largement les illuminations. Les conversations s’éteignirent dès qu’elle parut sur le seuil, tandis que les regards des hommes se teintaient d’admiration. Son père s’avança vers elle et lui prit la main pour la conduire à sa place, avec une fierté qu’elle trouva parfaitement déplacée, mais elle se contenta de sourire gracieusement comme sa mère le lui avait appris, sans montrer ses sentiments devant tous ces gens. En tournant la tête, elle surprit le regard approbateur de Lucius, qui avait craint jusqu’au dernier moment qu’elle ne provoque un de ces esclandres dont elle avait le secret. »

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